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Catalogues des collections patrimoniales

Le destin des Bains chinois est emblématique de l’histoire de l’évolution urbaine de Paris, de la grandeur et de la décadence de bâtiments célèbres de leur temps et dont le souvenir est effacé.

A l’angle du boulevard des Italiens et de la rue de la Michodière, au numéro 29, se tenaient les plus fameux bains publics parisiens de la première moitié  du 19 è siècle, fréquentés par la meilleure société et recommandés par les guides touristiques aux riches étrangers .Construits à la fin du 18è siècle, les Bains chinois devaient leur nom à l’architecture du pavillon central en pagode et à ses ornements de style pseudo oriental.  Ils figuraient parmi les plus luxueux des bains publics de la première moitié du 19è siècle. Passés de mode dès la fin des années 1830, ils furent vendus pour 860 000 francs, puis démolis en 1853 par Sir Richard Wallace, (1818-1890), célèbre philanthrope anglais qui dota la population parisienne de fontaines d’eau potable, les fontaines Wallace, toujours en activité. Deux maquettes du musée Carnavalet reproduisent fidèlement ce bâtiment, alors que sa destruction était programmée.
 
Inscrit  dans un quadrilatère irrégulier, le bâtiment qui s’élevait sur trois étages, comprenait un pavillon central hexagonal et deux ailes en fer à cheval autour d’un jardin, reliés par une terrasse couverte le long du boulevard. Le tout reposait à l’origine sur un soubassement en forme de grottes qui abritait un café. L’ensemble était d’une allure très exotique, avec ses clochetons, ses banderoles, ses inscriptions aux caractères chinois de  fantaisie, les formes des balustrades, les couleurs vives des façades, et il créait une attraction visuelle sur le boulevard. Les  commanditaires qui pensèrent d’abord l’appeler Bains égyptiens, puis Bains turcs, le nommèrent Bains chinois. A l’intérieur, dans un cadre raffiné, une soixantaine de cabines de bain aux murs revêtus de toiles imprimées de la manufacture d’Oberkampf à Jouy offraient tout le confort pour les soins du corps, grâce à un service nombreux de garçons baigneurs et de baigneuses.
Les Bains chinois furent construits par Samson-Nicolas Lenoir dit le Romain (1728-1810), architecte à Paris à partir de 1763, spécialisé dans les projets de lieux publics dont il reste aujourd’hui les anciens bâtiments de l’abbaye Saint-Antoine, aujourd’hui hôpital, des immeubles et des hôtels particuliers. Il prit part à la spéculation foncière qui accompagnait l’urbanisation des nouveaux quartiers de Paris dans le dernier tiers du 18 è siècle. Ce fut  le cas des boulevards, cours plantés d’arbres voulus par Louis XIV, sur les remblais des enceintes fortifiées de Charles V (14 è siècle), et de Louis XIII, démolies à partir de 1676, devenus à la mode, lieux de promenades ponctués d’établissements de plaisir : cafés, glaciers, parcs d’attractions, comme celui de Tivoli, et des bals publics élégants, les Wauxhall. Les Bains chinois, ouvrirent vers 1787-1788, avec une  concession des édiles parisiens.
Les bains publics avaient toujours existé à Paris, des thermes de Cluny de la période romaine au Moyen-Âge où des étuves étaient à la disposition de toutes les classes sociales. Les préoccupations hygiénistes plus fortes dans la deuxième moitié du 18 è  siècle se traduisirent  par la création de nombreux établissements de bains, situés  sur la Seine, le long des quais, grâce à la possibilité illimitée d’alimentation en eau. Au 18e siècle, le système d’adduction d’eau des frères Perier permit de s’éloigner du fleuve pour s’établir dans les quartiers à la mode; les Bains chinois connurent un succès immédiat mais de courte durée : à la Révolution, la riche clientèle émigra et la faillite fut prononcée en 1795. Sous l’Empire et la Restauration, ils jouirent d’une grande renommée, qui s’atténua peu à peu, la concurrence d’autres établissements se faisant ressentir : il y avait 37 bains  publics en 1818 à Paris. En 1831, le soubassement de grottes fut démoli pour être transformé en boutiques. On y trouvait un bottier et un tailleur et côté rue de la Michodière, les Bains de la Michodière, fournisseur de bains à domicile.
Mais le déclin était irrémédiable. Vendus en 1852 au marquis d’Herford, mécène et philanthrope, déjà propriétaire du château de Bagatelle au bois de Boulogne, et à son fils, sir Richard Wallace qui institua dans tous les quartiers de Paris les fontaines Wallace, les Bains chinois furent détruits en 1853 pour être remplacés par des immeubles de rapport. C’est peut-être l’un de ces pavillons qui fut remonté sur une pelouse du parc à l’anglaise de Bagatelle.
La maquette (Inv. PM9) représente les Bains chinois, dans leur dernier état, après la destruction du soubassement en 1831 et sa transformation en boutiques, dont on peut lire les enseignes. On trouve aussi les édifices annexes, dont le séchoir à claire voie et la chaufferie. De nombreuses gravures et les premières photographies nous ont conservé l’allure des Bains, les éléments les plus pittoresques ayant disparu peu à peu pendant la première moitié du 19è siècle. La restauration récente découvrit un calendrier de l’année 1853 qui servait de socle cartonné, ce qui permet de penser que l’auteur, Louis-Hubert David de la famille des derniers propriétaires, sachant le bâtiment condamné, fabriqua la maquette pour en garder le souvenir.

Renée Davray-Piekolek
Conservateur en chef
Département des maquettes
Musée Carnavalet

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